L’émotion était palpable ce week-end au stade municipal de Ouagadougou. À l’occasion de la 22e journée saison 2025-2026 du Fasofoot Ligue 1, la Ligue régionale du Centre de football a rendu hommage à Marc Ouédraogo, ancien footballeur, formateur et dirigeant sportif burkinabè, en marge de la rencontre entre l’AS Sonabel et Rahimo FC.

Visiblement touché par cette marque de reconnaissance, l’ancien dirigeant de l’Étoile Filante de Ouagadougou (EFO) a exprimé sa gratitude avant de livrer un constat lucide, parfois amer, sur l’état actuel du football burkinabè. « Je remercie la Ligue du Centre pour cet hommage. C’est une reconnaissance du travail que nous avons accompli pour le développement de la relève du football au Burkina Faso », a-t-il déclaré. Mais derrière les remerciements, c’est surtout l’inquiétude d’un homme qui a consacré une grande partie de sa vie au football qui s’est fait entendre.
« Sans la relève, on ne peut rien produire »
Pour Marc Ouédraogo, le principal mal qui ronge aujourd’hui le football burkinabè est le recul de la formation à la base. Ancien acteur engagé dans la promotion des jeunes talents à travers l’Association pour le soutien à la relève du football, il estime que le pays s’est progressivement éloigné des fondements qui ont permis l’éclosion de plusieurs générations de joueurs. « Sans la relève, on ne peut rien produire », affirme-t-il avec conviction.
Le Burkina Faso doit impérativement renouer avec la détection, l’encadrement et la formation des jeunes footballeurs s’il veut continuer à alimenter ses clubs et ses sélections nationales en talents de qualité a fait savoir Marc Ouédraogo.
Pour l’ancien dirigeant, construire une grande nation de football ne se résume pas aux résultats ponctuels. Cela passe avant tout par un travail patient à la base, dans les quartiers, les écoles et les centres de formation.
Le cri du cœur d’un ancien devant des tribunes désertes

Au-delà de la question de la formation, une autre réalité préoccupe profondément Marc Ouédraogo : le désamour progressif entre le football local et son public. En observant les tribunes clairsemées du championnat national, il n’a pas caché sa tristesse. « Aujourd’hui, regardez comment le stade est vide. Nous, les anciens, cela ne nous fait pas plaisir. Cela nous fait mal. C’est comme si nous n’avions rien fait », déplore-t-il.
Des mots lourds de sens pour celui qui a connu des époques où les stades vibraient au rythme des affiches du championnat national. A en croire Marc Ouédraogo, le football burkinabè a perdu une partie de son âme parce qu’il n’est plus suffisamment populaire auprès des jeunes et des supporters.
L’EFO, l’ombre d’un géant
S’il y a un club qui symbolise cette crise, c’est bien l’Étoile Filante de Ouagadougou. Autrefois référence du football national, l’EFO traverse depuis plusieurs saisons une période difficile qui attriste profondément l’un de ses anciens responsables. Marc Ouédraogo se souvient d’une époque où le club disposait d’un véritable réservoir de talents. « L’EFO avait une base. Nous avions des pépinières comme Gymnase Sport de Dapoya, Carabine Jaune, l’EFO Espoir ou encore Avenir FC de Dapoya. C’est là que nous formions les joueurs qui alimentaient l’équipe première », rappelle-t-il.
Aujourd’hui, ces structures ont disparu ou perdu leur influence, privant le club de l’une de ses principales forces. « On ne peut pas bâtir une équipe solide sans formation. Quand il n’y a plus de source, il devient difficile de maintenir l’identité et l’âme d’un club », estime-t-il.
La politisation des clubs dans le viseur
Sans détour, Marc Ouédraogo pointe également la politisation du football comme l’une des causes des difficultés que traversent certains clubs historiques. Selon lui, plusieurs équipes ont progressivement perdu leur autonomie en devenant dépendantes de soutiens politiques ou circonstanciels. « J’avais déjà averti que la politisation des équipes allait nous conduire à des problèmes. Aujourd’hui, les clubs qui souffrent le plus sont l’EFO et l’ASFA-Yennenga », analyse-t-il.
Pour l’ancien dirigeant, lorsque la survie d’un club dépend davantage des réalités politiques que d’un projet sportif solide, son avenir devient forcément fragile.
Repartir de la base pour reconstruire

Malgré son inquiétude, Marc Ouédraogo refuse de céder au pessimisme. Son message se veut avant tout un appel à l’action. Il invite les autorités sportives, les dirigeants de clubs et l’ensemble des acteurs du football à revenir aux fondamentaux : former les jeunes, restructurer les mouvements de base, renforcer les compétitions de petites catégories et rapprocher davantage le football de la population.
Concernant l’EFO, sa recommandation est de reconstruire les centres de formation, recréer un véritable vivier de jeunes talents et mettre en place une gestion stable, durable et indépendante.
Le salut du football burkinabè ne viendra ni des solutions de circonstance ni des résultats immédiats. Il passera par un retour aux racines selon Marc Ouédraogo. Un retour à cette base qui a permis au Burkina Faso de révéler plusieurs générations de footballeurs et de faire rayonner ses clubs sur la scène nationale et continentale.
À travers son témoignage, Marc Ouédraogo lance finalement un cri du cœur ; celui d’un passionné qui refuse de voir le football burkinabè s’éloigner de son histoire et de son peuple.

En rappel, Marc Ouédraogo, né le 25 avril 1962 à Ouagadougou, est un ancien footballeur et actuel cadre administratif et sportif burkinabé. Évoluant principalement au milieu de terrain, il s’est illustré sur les terrains burkinabé avant de se tourner vers l’encadrement de la relève. Il a fondé l’Avenir Football Club de Dapoya en 1986.
Ce centre de formation de quartier a permis de révéler des joueurs qui ont marqué le championnat national (Fasofoot) et les sélections nationales. Il s’agit entre autres de Hamidou Balboné un grand talent sorti des rangs du club de Dapoya, il a également fait les beaux jours du football burkinabè à l’échelle nationale. Tout comme son frère Issa, il incarne cette génération de joueurs techniques formés à la dure école des centres de quartier avant d’intégrer les grands clubs phares de Ouagadougou.
Marc Ouédraogo a activement œuvré pour la direction technique de la relève à l’Étoile Filante de Ouagadougou (ÉFO).
Par Aubin OUEDRAOGO
